Désidérabilité, Faisabilité, Viabilité

l’agglo par l’exemple : un cas intéressant.

La ville d’Agen abrite depuis septembre 2015 une école d’informatique, l’INTECH. Située rue Jean-Jaurès. Son offre se présente ainsi :
– la scolarité dure 3 ans
– elle coûte 4 450 € par semestre, soit 26 700 € pour les trois ans.
– cette formation, appelée cycle Bachelor, est une « formation professionnalisante »
Elle peut être prolongée par un contrat en alternance de deux ans (4 jours en entreprise, 1 jour à l’école) à l’issue duquel le salarié se voit délivrer un titre de Niveau 1 (Bac + 5 / Master) d’« expert en Ingénierie du Logiciel/Système et réseaux », selon la filière choisie.
Le site de l’école précise que 100 % des étudiants trouvent à l’issue de ces 5 ans un CDI pour un salaire annuel moyen de 36 000 €.
Les locaux sont mis à disposition par la mairie d’Agen, l’école reçoit un prêt de 134 000 € par an sur trois ans répartie entre le conseil régional, le conseil départemental et l’agglomération agenaise

De par sa dimension réduite (courte durée des phases pré-opératoires qui vont de l’idée à sa réalisation, moins de deux ans) – et du rôle joué par l’institutionnel (Conseil départemental, Agglo, …), ce cas est intéressant car il permet d’appréhender à partir d’un exemple simple les trois points suivants :
1/ rôle des commissions dans les processus de décision
2/ visibilité des décisions par les commissionnaires et par les habitants
3/ orientation de la politique menée par l’Agglo sur son territoire.

Précisons pour terminer cette introduction que l’Agglo accueille en 2015/16 2650 étudiants (hors ENAP) répartis à peu près équitablement dans le public et dans le privé. Le retour sur investissement est estimé à 7,8 millions d’euros/an, un étudiant dépensant en moyenne (nationale) 3 000 €/an.

    1   Rôle des commissions dans les processus de décision

Deux commissions ont été sollicitées sur ce projet, la commission SCOT et la commission Agglo. La commission SCOT comprend dans ses attributions l’« Enseignement supérieur et recherche ». A ce titre, elle donne son avis sur l’usage du million d’euros (soit 2, 5 % du budget de fonctionnement Agglo) dépensé chaque année pour l’enseignement supérieur et la recherche. Et la commission Eco et Emploi, a pour sa part en visée tout ce qui contribue au développement économique et à l’emploi.

Chaque commission de l’Agglo comprend un élu de chaque commune. L’historique présenté ici est accessible à tout élu, qui reçoit en début de mandat un code d’accès à l’extranet du site de l’agglo, dans lequel sont accessibles en format pdf les comptes-rendus des commissions. Ces compte-rendus rappellent les propositions soumises au vote et le résultat du vote ; le détail des interventions est rarement consigné et n’est donc la plupart du temps connu que des seuls participants à la commission concernée. Un mail de janvier 2016 indiquent aux participants de la comm Eco que leurs interventions seront reportées sur les comptes-rendus s’ils en font la demande. Il est difficile d’en dire plus sur le fonctionnement souhaité des commissions, la demande faite deux fois aux services concernés de disposer du règlement intérieur des commissions n’a jamais obtenu de réponse.

Historique

1) La commission SCOT-Enseignement Supérieur se réunit pour la première fois après les élections municipales le 16 juin 2014, l’occasion pour son président de rappeller à ses membres le cadre général de son activité tel que décrit dans le SLESRA, Schéma Local de l’Enseignement Supérieur et la Recherche de l’Agenais, et détaille les « nouveaux projets », au nombre de 6. Parmi ceux-ci, l’ESIA / C2RT, un projet d’implantation d’une école informatique sur Agen. Les différentes demandes sont chiffrées, sauf celle de l’école, qui est signalée «Non déterminé».

2) La commission du 20 octobre 2014 voit se préciser le montage financier :

  • Prise en charge des locaux : 48 000 € par an, 1/3 soit 16 000 € pour l’Agglo. (parité avec le Conseil Général et Conseil Régional d’Aquitaine)
  • Aide au démarrage sur 2 ans : 402 000 €, 1/3 soit 134 000 € la première année.

Un membre de la commission tique sur cette demande, au prétexte qu’il s’agit de participer au financement d’un projet privé, et demande à ce qu’elle fasse l’objet d’un vote séparé, alors que nous sommes sollicités pour un vote global sur l’ensemble des demandes présentées ce jour-là sous le titre « Actions retenues au titre du SLESRA et proposées dans le cadre du prochain contrat de programmation ». La demande de vote séparé est refusée ; le compte-rendu mentionne l’existence de réserve sur « le projet d’école informatique portée par une association privée ».

3) Le détail du projet est abordé par les deux commissions en fin 2014 et début 2015. La commission SCOT du 15 décembre 2014 est sollicitée pour adhérer en tant que membre associé au Cluster numérique INOO, une association créée le 1er décembre. Un membre associé est dispensé de cotisation et ne prend pas part aux votes. Les responsables de l’asso sont invités à présenter le projet pendant 20 mn suivies d’une discussion. La commission « Economie et emploi » du 11 février 2015 rejoue le même scénario. Présentation de l’asso par ses responsables suivie de discussion et délibération.
Le représentant de l’association insiste sur le très fort couplage entre l’association INOO et l’école ESIA.

Ces deux réunions sont l’occasion de questions et remarques révélant des inquiétudes chez quelques élus. Un membre de la commission regrette que les statuts ne soient pas disponibles, alors qu’il s’agit de voter pour l’adhésion à celle-ci. Une élue fait part de sa surprise sur le coût pour l’étudiant, qu’elle trouve énorme. Un élu demande des éclaircissements sur la nature des aides : subventions ou prêts ?

A la première remarque, il est répondu que oui bien sûr, les statuts ont été lus, à la deuxième que ce n’est pas la question du jour, et à la troisième que des éclaircissements seront apportés lors d’une future commission.

Une dernière intervention regrette l’absence d’engagement et de possibilité d’évaluation de l’action de l’école par rapport aux objectifs annoncés. «Oui, c’est prévu, ce sera fait, on en parlera lors d’une prochaine réunion.»

4) Les élus sont invités à assister à la signature de la convention entre l’Agglomération d’Agen et IN’TECHINFO SUD OUEST le 12 mars 2015 dans les locaux d’In’tech info Sud Ouest.

Le président de l’asso, le président du conseil département et le président de l’Agglo se félicitent de la réalisation du projet. Le président du conseil départemental s’attribue la paternité du projet, qu’il fait remonter à un repas partagé avec des investisseurs du département durant l’été 2014, investisseurs par la suite à l’initiative du projet.

    2    Visibilité des décisions par les commissionnaires et par les électeurs

Les commissions n’ont qu’un rôle de conseil. Le conseil d’agglo est l’organe délibératif. Concernant le projet étudié ici, c’est donc là qu’il faut chercher les décisions prises le concernant. Comment les trouver ? Les séances sont publiques, et visibles en direct comme en différé sur le site de l’agglo, de même que les délibérations soumises au vote. Mais rechercher une information particulière dans cet ensemble équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin. L’extranet met à disposition un outil de recherche sur mots-clés. Quelle est l’efficacité de cet outil ?

  • L’outil de recherche

Il a donné lors de la rédaction de l’article les résultats suivants selon les mots-clés choisis :

  • a) Conseil d’Agglomération : plus de 10 pages, les vidéos des conseils sont en premier, rangées dans un ordre presque chronologique. La visibilité des conseils est donc bien là mais elle est difficilement exploitable. Longue et fastidieuse, la recherche n’a pas permis de trouver mention d’une délibération relative au projet analysé.
  • b) InTech et In’Tech : une liste importante de documents mais la plupart réagissent à « Tech » et à ses différentes déclinaisons, dont Technopole, – ou TAG – le gros dévoreur des ressources de l’Agglo des prochaines 20 années. La plupart des documents, une fois ouverts, ne comporte aucune occurrence du terme. Une seule réponse paraît adaptée, le discours pour l’inauguration de l’école In’Tech Info – Novembre 2015.
  • c) Inoo : une entrée reprend le texte de sa présentation devant les commissions, une deuxième indique sa participation à une journée de réflexion sur « la demande d’emploi et des métiers en tension d’une part, sur les freins à l’emploi d’autre part ». Les autres renvoient aux diaporamas projetés durant les commissions
  • d) SLESRA : entrées peu exploitables (rangement non chronologiques, pas de détail des contenus.)
  • e) ESIEA et Ecole informatique : deux résultats pertinents
    * la convention : « subventionnant à hauteur de 50 000 euro sous forme d’avance remboursable ». Durée de la subvention, mécanique du remboursement ?
    * la signature de la convention indique « une avance de trésorerie remboursable d’un montant total de 380 000 € » par l’Agglo, le conseil département et régional

Bilan, une difficulté, qui confine concrètement à l’impossibilité, d’accéder à une information peut-être existante mais introuvable, c’est-à-dire marque une régression de 3/4 de siècles, avant l’existence de l’informatique. Vannevar Bush, le scientifique américain fédérateur de tous les grands projets militaires durant la deuxième guerre mondiale, avec Iroshima et Nakasaki comme point d’orgue, écrit à l’issue de la guerre un texte fondateur, « Comment nous pourrions penser », lu et relu par les créateurs de l’Internet. Selon lui, face à la complexité croissante des problèmes à résoudre, il est nécessaire de pouvoir consulter facilement la grande masse de connaissance accumulée et en progression croissante : « Nous n’avons pas seulement besoin de produire et de stocker un enregistrement, mais aussi d’être capable de le consulter. » Seule cette facilité à le retrouver, techniquement triviale, donnera une visibilité sur les actions en cours, et notamment l’évaluation de celles-ci. Ce serait aller dans le sens souhaité par V.Bush, « Les applications de la science ont fourni à l’homme une maison bien équipée et elles lui apprennent à vivre sereinement. Elles lui ont permis de faire s’affronter des peuples avec des armes cruelles. Elles peuvent encore lui permettre de développer un savoir commun. » Nous en sommes loin,  et les questions « qui a décidé quoi quand ? », sont ici sans réponse.

    3    Orientation de la politique menée par l’Agglo

 Le projet

Quelques caractéristiques se dégagent progressivement au cours de ces différentes rencontres, dont les principales sont les suivantes :

  1. L’école participe à la création d’une Silicon Valley agenaise, il permet d’ «encadrer des  »porteurs de projets » pour les rendre viables selon le triptyque : désirable (le client) / faisable (technologie) / viable (économie) ». Hub, cluster, incubateur, incontournable, Silicon Valley, éthique, novacteurs, … tous les éléments de vocabulaire présents dans les différents argumentaires oraux ou écrits sont convergents : le numérique est adapté au marché, il est moderne  et source de prospérité
  2. Etre étudiant, c’est recevoir une promesse : un jour, tu seras riche. A l’issue de la formation, un travail à 3 000 euros mensuel est quasi-certain, et « pour pas un rond ». La scolarité qui coûte 4 450€ par semestre, soit pour les trois ans de formation un montant de 26 700€ s’autofinance :
    «En moyenne, la somme des rémunérations perçues pendant les 6 mois de stage et les 2 ans d’alternance est de 28 320 €. L’investissement initial est donc amorti avant la fin du cursus !» L’affirmation pêche d’ailleurs par modestie puisque c’est même 1 620 € (28 320 – 26 700) que l’étudiant travailleur trouvera dans sa poche au terme des cinq ans .
  3. Il s’agit très clairement d’un projet d’inspiration socialiste. De façon au demeurant surprenante si l’on prend en compte la couleur politique majoritaire sur l’Agglo – mais il faut croire qu’il y a en tout élu de droite un crypto-marxiste qui s’ignore – le projet s’inscrit dans l’idéal socialiste revendiqué par le ministre des finances :  « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires, la richesse des uns créant la prospérité de tous, comme on peut le vérifier tous les jours.

L’analyse du projet : « une offre attractive » pour qui ?

Trois groupes apparaissent dans l’argumentaire :

  • – les investisseurs
  • – les entrepreneurs
  • – les étudiants

Quelle est la pertinence de l’offre pour chacun de ces groupes ?

1. Les investisseurs

L’objectif de l’investisseur est de faire de l’argent avec de l’argent, avec le meilleur retour possible sur investissement. Cet objectif parait ici atteignable, la position centrale tenue par ceux-ci leur permettant de détecter, tant dans le vivier des étudiants que dans les besoins des entreprises, ce qui peut aller dans ce sens. L’idée doit être ici d’identifier les projets porteurs de bénéfices potentiels et de les accompagner financièrement en cherchant à optimiser le profit lorsqu’il y est, et de minimiser les risques. Le secteur numérique constitue sous cet angle un des domaines parmi les plus facilement identifiables comme répondant à cette demande.

2. Les entrepreneurs

On désigne par entrepreneur toute personne qui crée de l’emploi, à commencer le plus souvent par le sien, dans le cadre d’une activité rénumératrice dont il assure la direction. L’objectif les concernant est de « fixer nos jeunes diplômés en Lot-et-Garonne pour que nos entreprises disposent d’un vivier local qui réponde à leurs besoins ». L’ambition est intéressante. « Votre formation répond pleinement aux besoins des entreprises ». L’avenir le dira, mais on peut penser qu’il ne peut qu’y contribuer, et ne peut être contre-productif. Concernant l’aspect financier, et même en l’absence d’info sur le coût de la scolarité assumé par les entreprises les années 4 et 5(voir plus bas), l’acquis parait paraît correct : pour un salaire inférieur au smic, l’entreprise dispose à 4/5ème de son temps d’un informaticien de niveau licence pendant deux ans.

3. Les étudiants

L’objectif d’un étudiant est d’acquérir une compétence le rendant employable sur le marché du travail, de façon préférentielle en limitant la charge financière. Pour évaluer l’attractivité de l’offre faite par l’école, le plus raisonnable est de comparer à d’autres possibilités.

Les trois parcours possibles dans l’enseignement supérieur à la sortie du bac :
– l’université
– les écoles « papa-et/ou-maman-paye »
– les écoles en alternance

Par ailleurs, quelques éléments caractérisent le Lot-et-Garonne :
* faible capacité financière des familles,
* scolarisation limitée,
* absence de culture « enseignement supérieur ».

Au vu de ces éléments, le parcours « école en alternance », tel celui proposé ici, parait pertinent. Quelle est alors l’attractivité de l’école agenaise par rapport à ses concurrentes ? Un étudiant lot-et-garonnais qui envisage des études dans cette filière a le choix entre différentes offres sur l’axe Bordeaux / Toulouse pour des contenus comparables (diplôme +5 à l’issue de la formation)

Comparatif

InTech Ecoles Bdx/Tlse (moyenne)
coût de la formation initiale (3 ans) 8 900 €/an 6 500 €/an
coût de la formation  en alternance (2 ans) – ?
– pris en charge par l’entreprise
– 9 000 €/an
– pris en charge par l’entreprise
alternance : ratio formation/travail – 20/80 :
1 jour en formation, 4 jours en entreprise
– 50/50 :
une semaine en alternance ou 6 mois école suivis de 6 mois entreprise

La lecture du tableau entraine les remarques suivantes :

1/ Le modèle économique retenu chez Intec fait porter l’essentiel de la charge financière sur les trois années initiales, donc sur l’étudiant
2/ Le ratio temps en formation/ temps au travail, ici de 20/80 rompt de façon significative l’équilibre habituel 50/50 voire 60/40, car si le rythme de l’alternance paraît propre à chaque école et non réglementé par la loi, il est en général du type 3 jours en cours et 2 jours en entreprise ou 1 semaine en cours et 1 semaine en entreprise.

=> Le modèle proposé est donc un des (le ?) moins attractifs de la région pour les étudiants tant en terme de durée effective de la formation que de coût global.

Une discussion récente avec un étudiant en BTS compta sur Agen souhaitant se ré-orienter vers une formation en informatique a confirmé cette analyse. A la question « Et l’école qui est sur Agen ? » il répondit « c’est trop cher ! Je vais travailler pendant un an et ensuite je pense aller à l’Epitech à Bordeaux ».

Le jour où l’excellent site jechange.fr proposera à la comparaison les différentes filières scolaires, il est probable qu’il aboutira à une recommandation comparable.

    4  Pour (ne pas) conclure

 Les + du projet

  • ne pas laisser inoccupé un bâtiment public,
  • être en relation avec les investisseurs locaux et répondre à leurs sollicitations, lesquelles peuvent répondre à une première sollicitation des élus locaux,
  • participer à la création d’un cluster (ensemble de ressources humaines, institutionnelles, entreprenariales, de savoirs-faire, relations et compétences, etc) numérique sur l’agenais,
  • pouvoir écrire dans la partie « Enseignement supérieur » sur la plaquette de l’Agglo quelque chose à l’entrée « Informatique ».

Les –

  • le coût des études et le modèle économique associé, faisant plutôt porter la charge sur la collectivité et l’étudiant, éventuellement par la création d’une première dette privée, et optimisant le profit pour l’employeur,
  • l’absence d’engagement et de critères d’évaluation quant aux résultats de l’action,
  • l’adaptation peu évidente aux caractéristiques du territoire.

Enfin, et pour reprendre le cadre général de cette analyse,

    5  Conclusion

Les 3 questions que l’on se proposait d’éclairer étaient les suivantes :

1/ le rôle des commissions dans les processus de décision
2/ la visibilité des décisions par les commissionnaires et par les habitants
3/ l’orientation de la politique de l’Agglo

1/ le rôle des commissions dans les processus de décision

Il apparaît très limité, permettant à la marge quelques correctifs mineurs. Quant à la dimension de « force de proposition », elle est inexistante.
Pourtant, cette école, par son existence, est la preuve que des initiatives et des réalisations sont possibles avec le soutien de l’Agglo. Il est permis de penser que le territoire contient peut-être d’autres dynamismes, et donc d’autres forces de propositions, que celle des investisseurs, plus en prises avec la dimension sociale de l’agenais.
A titre d’illustration, l’argument – fondé – de la création d’un pole de compétence numérique que l’Intech-Agen contribue à asseoir vaut pour autant que l’on accepte le modèle sous-jacent, dont les réalisations claironnées masquent dans leur éclat ce qu’il empêche, comme le signale cette réflexion sur les limites du modèle start-up : « Le problème de cette bascule [du rêve d’une innovation libre et sans contrainte à des méthodes obligées pour produire de l’innovation en série avec ses cohortes de startups qui se ressemblent que ce soit dans le domaine de la rencontre, des petits boulots à la demande, du transport à la demande], c’est qu’elle se fait au détriment d’autres modèles et qu’elle réduit la diversité. L’innovation en provenance du tiers secteur, des associations, des PME et PMI, comme le champ de l’innovation sociale, elles, semblent invisibilisées par la célébration des startups. La ville comme plateforme d’innovation ouverte s’est réalisée. Mais la ville n’en a pas été l’opérateur. Les startups utilisent l’infrastructure physique des villes pour opérer, sans plus avoir besoin de délégation. Ce qui laisse les villes assez démunies pour réagir, pour orienter cette innovation ». C’est-à-dire moins le développement d’un territoire par ses dynamismes internes que la mise à disposition à des opérateurs privés dont on espère que les intérêts convergeront avec ceux de la zone où ils décident de s’installer un certain temps, dans une célébration d’un esprit d’entreprise libre de tout projet politique ou social, sauf par la couche administrative de critères sociaux incitatifs.

2/ la visibilité des décisions par les commissionnaires et par les habitants

La visibilité parait un terme moins adapté que celui de glorification. Que serait une visiblité ? Toute donnée contribuant à répondre à l’une ou l’autre de ces questions :
– financier : bénéfice / coût pour l’agglo
– politique : les différentes étapes du processus de décision
– économique : évaluation des avantages retirés par l’industrie locale (ce point du « et après » est délicat et forcément sujet à discussion. Ce n’est pour autant pas une raison pour le délaisser)

3/ l’orientation de la politique de l’Agglo

Elle est peu à l’écoute du territoire. Manque cruellement, dans la gestion des projets initiés ou soutenus par l’agglo, la phase de concertation avec l’ensemble des dynamismes du territoire.
S’il est entendu et compréhensible que la force de proposition ne viendra pas systématiquement de l’exécutif, celui-ci ne pourrait-il pas pour autant être dans une attitude plus dynamique par le biais d’appels à projets, formulable par exemple en ce qui concerne le point étudié ici ainsi :
« L’Agglo va soutenir la création d’une école d’informatique. Accompagnement financier par l’agglo : xxx, cahier des charges : yyyy, etc »
Cet appel à projet serait l’occasion pour l’agglo de permettre à des dynamismes attentifs aux aspects autres que purement financiers de se montrer (ou pas, certes). Il aurait par exemple peut-être permis la réalisation d’une école telle celle du réseau Simplon, lequel montre une réalisation proche de celle décrite ici dans la qualification professionnelle mais plus complète dans ses objectifs.

La question posée ici ne consiste pas en ce qui est dit, peu contestable  (qualité de l’enseignement, employabilité des diplômés, contribution à la constitution d’un pôle numérique sur l’agenais, réussite du projet entreprenarial), mais en ce qui n’est pas dit :
– une écoute exclusive de certains dynamismes, voire de certains intérêts dont il n’est pas évident qu’ils concourent au bien public
– une information privilégiant la glorification au détriment de la transparence
– l’absence d’évaluation
– l’ignorance de l’évolution de notre société ; un ascenseur social bloqué, l’écart entre les riches et les pauvres croissants, la reproduction sociale, … la fin des jours heureux.
Or, on peut faire l’hypothèse que la présence ou l’absence de ces éléments construit ou détruit tant un territoire qu’une démocratie.