désenclaver Agen
Parmi les nombreux acronymes dont le décryptage constitue une des principales occupations d’un élu de base tel que l’auteur de ces lignes, nous retiendrons aujourd’hui le SCOT, à ne pas confondre, malgré sa proximité, avec l’interjection symbole de la fierté française, le fameux cot cot codet, ou « imitation du caquètement de la poule après la ponte d’un œuf ».
Venons-en au mot du jour.
Il est sans doute inutile de rappeler ici qu’issu de la LOF (30/12/1967), traduite initialement par la création des SDAU laissés à l’initiative des EPCI, relativement libérés des contraintes du POS et du PAZ, ce qui n’a pas été le cas du SD qui lui a succédé (0), tenu, rappelons-le quand même, au respect des PLH et PDU, le SCOT a été institué par la bien connue loi SRU (13/12/2000).
Le SCOT, pour Schéma de COhérence Territoriale, a pour mission de planifier l’aménagement et le développement durable d’un bassin de vie, avec obligation du respect de ces trois principes :
- principe d’équilibre entre le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, le développement de l’espace rural et la préservation des espaces naturels et des paysages ;
- principe de diversité des fonctions urbaines et de mixité sociale ;
- principe de respect de l’environnement, comme les corridors écologiques.
SCOT, SCOD, SCOR ?
Inspiré par une promenade dans le « bassin de vie agenais », commençons par adopter l’agréable attitude du gauchiste grincheux et renommons le SCOT en SCOD, pour Déterritorialisation. Ici nous avons O’Green (amis Francophones, bonjour) pour le consommateur, là le TAG pour le salarié, là-bas et là-bas « les quartiers », et pour la nature vous irez là, terme d’une balade qui permet à chacun de vérifier la mise en œuvre des grands principes énoncés ci-dessus, … en veillant à ne pas s’attarder excessivement sur « le développement de l’espace rural et la préservation des espaces naturels, et la mixité sociale ».
Circulez, y a rien à voir
La discrétion qui s’impose à tout membre des commissions ne m’empêche pas de revenir un instant sur les deux gros projets dévoreurs de l’essentiel des ressources financières de l’Agglo : le barreau de Camélat et le TAG, le montant des dépenses envisagées pour chacun de ces projets oscillant autour de 70 millions d’euros.
Les deux créent Agen comme carrefour, le barreau de Camélat sur l’axe Nord-Sud, et la TAG sur l’axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier. Une fois terminé, le barreau de Camélat constituera sans doute un bon exemple de réalisation apportant des solutions à des situations pénibles, parmi lesquelles l’absence de fluidité au sud de la ville d’Agen. On peut espérer qu’il contribue aussi à redistribuer la production et l’habitat entre Agen et Villeneuve/Lot et contribuer ainsi à un SCOR, Reterritorialisation.
Le TAG, pour sa part, offre un faisceau de questions particulièrement importantes. Tout d’abord, quel est son genre, et ne devrait-on pas dire la TAG ? La lecture de wikipedia y inclinerait, le très documenté Centre national de ressources textuelles et lexicales y contraindrait. Ensuite, quel est son objectif ? Créer des emplois (3 000 est le chiffre habituellement donné) et des ressources fiscales. Est-ce le bon moyen ? L’idée est d’inciter les entrepreneurs en recherche de solutions pas chères à s’arrêter là plutôt qu’à Bordeaux, Langon, Montauban ou Toulouse. Et pourquoi s’arrêter à Agen ? Parce que c’est pas cher, moderne, facile, bientôt une sortie d’autoroute direct sur les entrepôts, et qu’il y a le Pruneau Show.
Au centre de cette démarche se trouve l’idée que la solution vient de l’extérieur, pas de l’intérieur du territoire. La révélation de ce trait m’a été fournie par la tenancière d’une gargotte à prétention nippone qui exerce à proximité du Gravier. Nous nous y étions arrêtés un jeudi hivernal à l’issue d’une marche bruyante dans les rues agenaises durant laquelle nous avions dit tout le bien que nous pensions de la merveilleuse réforme des retraites destinée elle aussi à resserrer le lien national et contribuer à la mixité sociale, histoire de se restaurer un peu. A notre remarque lui signalant que son épicerie était connue à Astaffort, la susdite tenancière nous répondit par un « Astaffort ? c’est de la crotte ! Il y a des gens de Toulouse qui sont venus manger ici ! » sans appel. C’était donc ça le cœur de la pensée à l’œuvre : nous ne sommes rien, le salut viendra de l’extérieur. Rien à attendre des miséreuses campagnes, tout des beaux messieurs de la granville.
Sous cet angle, l’abandon de la LGV est une belle victoire. Réalisée, Agen aurait disparu des déplacements ferroviaires des beaux messieurs : Bordeaux-Toulouse sans arrêt aurait pris à peine plus de temps qu’un Bordeaux-Agen. Pourquoi alors s’y arrêter ?
La question se pose alors : comment poursuivre cette sortie de la course au moins-disant, dont tout montre les effets dévastateurs, et comment reconstituer un territoire ? Et d’abord, qu’est ce qu’un territoire ?
Le choix fait ici prend donc le contre-pied exact de la doxa gauchiste rappelée là. S’il existe une alternative à ce démantellement, la question première devient, puisqu’il est question de territoire, donc d’ancrage : à partir d’où ? La réponse est bien sûr simple : à partir d’Astaffort.
Astaffort, le coeur de l’agglo
Astaffort est une commune multi-couche. Rurale, citadine, tous les services, toutes les activités, dynamique, familiale, associative. Astaffort n’est pas la périphérie de l’agglo, elle en est le centre, le dernier rempart entre l’écrasement venu de l’autoroute et la rusticité gasconne (rappelons rapidement pour ceux qui ne sont pas aventurés dans la région voisine quelques caractéristiques du départment gersois : un seul feu rouge, aucune autoroute, la langue française très peu pratiquée au profit d’un patois non académique, une diminution excessive des cultures conventionnelles au profit du peu rentable bio, etc).
Il faut donc désenclaver Agen, le sortir de la situation de dépeçage et d’offre au client de passage (« tu t’arrêtes, chéri ? ») pour le réinsérer dans son territoire. Lui ouvrir la voie vers le sud, là où ça roule lentement. Sauvons la ville d’Agen, créons la voie verte Agen-Layrac-Astaffort !
