Martine, citoyenne engagée, nous a quitté

Le message de Jean-Marie m’est arrivé à 6:11 ce 14 mai. Martine nous avait quitté dans la nuit. Je ne peux pas laisser partir sans rien dire celle avec qui j’ai fait équipe pendant cinq ans au service du village. Nombreux sont ceux qui pourraient parler de Martine, tous ceux qui l’ont connue, tous ceux qui l’ont estimée. Je vais m’y risquer, à la place qui est la mienne.

Nous nous sommes connus le 6 mars 2014. Je veille à être précis en hommage à l’une de ses qualités : la précision et le sens du détail ! Cette année-là, quelques jeunes astaffortais un peu rêveurs et amoureux de leur village s’étaient lancés à la conquête de la mairie, rejoints par quelques vieilles carnes qu’ils avaient sollicitées, dont l’auteur de ces lignes, et nous tenions ce soir-là une réunion publique dans le local gentiment prêté par le Scaf. A l’issue de la réunion, nous avions invité les participants qui le souhaitaient à nous rejoindre, Martine était restée, et nous avions discuté. Nombreux et inutiles à rappeler ici sont les épisodes épiques qui nous ont amenés à nous retrouver quelques semaines plus tard tous les deux élus minoritaires au soir du deuxième tour des élections municipales de 2014, mais ils m’avaient permis de rajouter quelques qualificatifs : le courage, la détermination, la ténacité, la solidité. Et surplombant déjà l’ensemble, la discrétion. Et la politesse.

Malgré des caractères très différents, nous avons de suite opté pour une attitude commune : une opposition constructive. Nous nous retrouvions avant chaque conseil, les délibérations imprimées par ses soins sur la table, et discutions sur chacune d’entre elle, jusqu’à trouver une attitude commune. … En fait, j’ai toutes les difficultés à trouver une seule délibération sur laquelle notre position n’était pas initialement la même, sinon parfois telle ou telle trop vite lue par l’un ou l’autre – plutôt par moi… -, occasion rêvé de discuter de ce qui nous tenait à cœur concernant la vie du village. La liste des qualificatifs à ajouter serait durant ces mois et ces années trop longue, je retiendrai juste : la recherche du bien commun et de la justice, le respect des engagements pris, le refus des faux-semblants.
Dans la longue liste des activités où elle manifestait son souci de contribuer au mieux-être de chacun, je retiendrai, dans un inventaire – non exhaustif ! – à la Prévert, sa participation active aux distributions de colis, le rappel du calendrier pour l’accessibilité de la mairie, la demande de mise au débat de la participation de la mairie à l’accueil de migrants, la reconstitution – à la demande de madame le maire – de l’historique des décisions ayant mené à certains des éléments structurants de notre village : la crèche, la « maison des associations » et la Music’Halle, la maison des jeunes, le terrain de foot.

Et nous avions donc échoué – sans surprise excessive – dans notre projet de prise de la mairie. Et alors ? Notre groupe avait alors décidé de créer un café associatif que nous souhaitions être un lieu ouvert à tous, un lieu de discussion, de fête, et pourquoi pas de soutien à projets. Martine s’était engagée à participer à l’aventure pendant deux ans, y manifestant des qualités dont on peut continuer à s’inspirer : la régularité, le respect et l’écoute des adhérents, la gentillesse.

Elle avait continué par la suite à veiller avec bienveillance sur le projet – jusqu’au signalement récurrent de la lumière extérieure restée allumée au petit matin ! -, et nous espérions que la première alerte de son mal en juin 2018 ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir lorsque nous avions fêté avec elle et Jean-Marie, son attentionné compagnon des dernières années, la nouvelle année 2019 au Café du Commerce. Hélas, le destin parfois terriblement aveugle et injuste en a décidé autrement, et le 16 mai nous l’avons accompagné pour son dernier voyage.

Si ceux qui nous ont accompagnés peuvent nous soutenir, Martine en fait partie au premier rang. Par elle, Astaffort est devenu meilleur. Poursuivons sur le chemin qu’elle nous montre : réfléchir à ce qu’on estime juste pour le bien commun, et le faire.